Nouveau single des Boo Radleys : c’était mieux avant ou pas ?

The Boo Radleys - A Full Syringe And Memories Of YouAlors que les spécialistes n’en finissent pas de s’interroger pour savoir s’il faut ou pas refuser d’écouter les Boo Radleys, groupe reformé sans son guitariste et principal compositeur Martin Carr, on doit confesser (vingt ans après) qu’on a toujours considéré que C’Mon Kids était le sommet incontestable de la discographie des Anglais. Psychédélique, bruyant et rentre dedans, pop et expérimental, C’Mon Kids est souvent jugé plus sévèrement que Giant Steps et placé un pas en retrait de l’excellent Wake Up! A l’époque où ces trucs là avaient encore de l’importance, on pouvait trouver des types assez cultivés qui considéraient que Carr était un génie (ce que ses albums solo sous le patronyme de Brave Captain n’ont pas forcément démontré ) et que Sice (qui s’était lui-même lancé en solo sous le nom d’Eggman) chantait comme une casserole. A l’époque déjà, tout le monde se foutait pas mal du batteur Rob Cieka, pas plus qu’on ne se souvenait qu’avant lui c’était Steve Hewitt le gars de Placebo qui était placé derrière les fûts. Il aura aussi fallu quelques décennies avant que la plupart des fans de l’époque ne tombent sur les premiers disques du groupe que d’aucuns s’empressèrent de considérer, après réévaluation, comme de petits joyaux noise rock.

Bref, le retour des Boo Radleys, 22 ans après, n’est un événement que du côté des rares supporters orléanais du groupe, de vieux experts moisis qui se demandent encore si la brit pop était un truc bien ou pas et de critiques débiles et pitiventripotents comme nous. Toujours est-il que le single est sur la table (enfin YouTube, quoi) et qu’il n’a récolté, après une dizaine d’heures, qu’un peu plus de 2000 vues. Cela situe la hauteur du débat et donne une petite idée d’à qui cet événement s’adresse. Le titre (sans Martin Carr donc) s’appelle A Full Syringe and Memory of You, ce qui n’est objectivement pas un titre fameux. Il préfigure un EP à venir et ressemble assez à ce qu’on pouvait aimer à l’époque chez les Boo Radleys. Sice (quoi qu’on en dise) chante divinement bien. Le groupe n’a rien perdu de sa pertinence pop de Beatles orchestrés rikiki et n’a pas sorti un seul single dans son histoire qui ne soit soutenu par une mélodie digne de ce nom. Ce titre ne fait pas exception. La production singe les succès d’antan en modulant la voix du chanteur avec une sorte d’effet mégaphone de synthèse qui fonctionne toujours assez bien tandis qu’on fait monter les œufs en neige à l’arrière-plan. Les Boo Radleys alternent des séquences en mini mur du son (cuivré sur les bords) et des passages simili-acoustiques qui créent un attachement naturel.

Mais ce qui fait tout le sel du morceau, c’est bien sûr son thème qui est terriblement osé par les temps qui courent. On peut se demander ce qui a bien pu passer par la tête du groupe à l’idée de se représenter devant un public supposément populaire avec cette histoire-là mais on n’avait pas vu plus suicidaire depuis les tentatives d’automutilation de Babybird au début des années 2000. A Full Syringe and Memory of You parle tout bonnement d’euthanasie (au choix) ou du joyeux suicide par overdose d’un type plombé par des problèmes respiratoires. En temps de covid, il fallait oser et cela donne au morceau un effet décalé (paroles plombantes et musique légère) qui est du meilleur ton. Alors, oui, les Boo Radleys ont fait mieux que ça, plus percutant, plus rapide, plus brillant mais oui, oui, également, on se doit de saluer leur audace et la témérité de leur retour aux affaires. On se demande d’ailleurs pourquoi le producteur n’a pas proposé d’accélérer un peu le morceau qui y aurait gagné en vigueur.

La question de savoir si c’était mieux avant ne se pose pas vraiment. Tout était mieux avant et surtout nous et notre futur qui, depuis, semble avoir quitté le groupe pour jouer avec des mecs qui ont encore une chance d’avoir du succès.

PS : la pochette est quand même sacrément moche.

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